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PEUT ON CONCILIER L'AUTORITÉ DU PEUPLE ET LA SOUVERAINETÉ D'ALLAH? La Turquie est un exemple fantastique pour les nations du monde entier, car elle montre qu'il est possible pour la démocratie de coexister avec une grande religion telle que l'Islam»;. C'est en ces termes que le président George W. Bush a accueilli cette semaine le président turc, Abdullah Gul. Par le passé, un leader politique turc aurait été reçu à la Maison Blanche avec des remarques polies sur la prospérité grandissante de son pays ou sur sa contribution à l'OTAN. Mais il aurait peut être été étrange cette fois de ne pas mentionner le thème de la religion pour accueillir un chef d'Etat qui vient juste de créer un précédent, observé dans le monde entier avec fascination par les musulmans membres actifs de la vie politique. En devenant président, M. Gul a prouvé qu'il était possible pour un musulman pieux, ayant une femme voilée, de devenir chef d'État, par un processus parfaitement démocratique, dans un pays où l'armée est un gardien qui veille en permanence contre l'installation de la théocratie. La confiance de l'administration américaine placée dans les perspectives d'avenir de la démocratie dans les pays musulmans (et surtout dans les pays arabes) a été changeante pendant le mandat de Bush. Elle a sans doute atteint son paroxysme à la mi 2005, lorsque Condoleezza Rice, secrétaire d'E4t américaine, a déclaré depuis le Caire que la triste époque où l'on préférait la stabilité à la démocratie était révolue. Puis, elle a chuté encore au mois de janvier qui a suivi, avec la victoire écrasante du mouvement du Hamas islamiste en Palestine. Pour les analystes politiques, et surtout pour ceux qui ont étudié le phénomène de la «démocratie musulmane», persuadés que l'exemple turc constituerait un précédent pour les autres pays, les troubles récents au Pakistan et l'assassinat de Benazir Bhutto représentent une véritable tragédie dans ce pays clé, qui avait le potentiel de développer un nouveau concordat entre l'Islam et la politique libre. Vali Nasr, professeur à l'Université de Tufts, aux États Unis, qualifie la «démocratie musulmane» de force assez neuve et potentiellement décisive dans les parties non arabes du monde musulman. Selon lui, les événements récents en Turquie, au Pakistan, au Bangladesh, en Malaisie et en Indonésie pointent tous vers une seule et unique vérité: chaque fois qu'ils en ont l'opportunité, les partis démocratiques musulmans (qui sont réceptifs à l'opinion publique et qui prospèrent dans une bataille politique ouverte) peuvent l'emporter sur les courants plus radicaux et plus violents de l'Islam politique.
Première pièce à conviction pour la démocratie musulmane: le Parti de la Justice et du Développement (AK) en Turquie qui a gagné ses éperons de démocrate après plusieurs décennies de disputes entre généraux hommes politiques religieux. Comme pour d'autres partis démocratiques musulmans, l'ascension de l'AK a été le reflet de la croissance économique et de l'avènement d'une classe moyenne croyante, mais non fanatique, et indignée par les vieilles élites de bureaucrates de généraux. Et si l'on avait là le terreau intellectuel pour le développement de la démocratie musulmane? L'Église catholique romaine a dû parcourir un long chemin avant de pouvoir réconcilier sa foi dans l'humanité pécheresse avec la souveraineté du peuple; la Démocratie chrétienne, force qui s'est imposée en Europe jusqu'en 1945, en a été le résultat. Abdal Hakim Murad, érudit britannique musulman, soutient que la tâche des démocrates musulmans est facilitée par rapport à celle des catholiques, parce que la vision de la nature humaine par l'Islam est moins pessimiste. Plusieurs facteurs ont participé à rendre le débat entre islam et démocratie plus difficile et, finalement, peu concluant. La majorité des écoles de pensée islamiques ayant émergé au siècle dernier s'intéressaient fortement à la théorie politique, ainsi qu'aux précédents qui se sont produits à l'aube de l'ère musulmane. Mais ces précédents ne sont pas clairement identifiés: certains califes ont hérité du pouvoir, d'autres y ont accédé par consensus et d'autres encore par la force. Khaled Abou El Fadl, professeur de droit d'origine égyptienne, met le doigt sur un passage du Coran qui semble doter les êtres humains d'une obligation spéciale, celle de gérer leurs propres affaires. Lorsque ton Seigneur confiances : «Je vais établir sur la terre un vice régent»; ils répondirent: «Vas Tuydésigner celui qui mettra le désordre et répandra le sang, alors que nous autres Te ce'le'brons par la louange et sanctifions Ton nom ?». Et Dieu répondit : «Je sais ce que vous ne savez pas». Ce verset, selon Fadi, semble signifier qu'au lieu de croiser les bras et de laisser Dieu décider de tout, il est de la responsabilité des hommes d'organiser leur propre société. En outre, l'histoire d'Ali, quatrième calife musulman, dont la souveraineté fut contestée par un rival, constitue un autre texte pertinent. Face à l'acharnement de ses opposants zélés, Mi accepta que leurs arguments soient soumis à arbitrage. Le temps donna raison à Mi et ses opposants eurent finalement tort: les institutions humaines ont bien un rôle à jouer dans le règlement des problèmes d'État. Pour quiconque considérant les textes fondamentaux de l'Islam comme arbitre ultime de la vérité, ces allusions sont retentissantes. Mais les arguments en faveur de la compatibilité entre Islam et démocratie risquent d'être perpétuellement étouffés par un mélange de nouvelles déprimantes venant des territoires musulmans et d'idéologues zélés des deux bords d'un fossé civilisationnel menaçant. Qu'ils ferment les yeux ou non sur la violence, la grande majorité des partisans les plus véhéments de l'islam politique» modèlent encore leur attitude sur Sayyid Qutb, penseur égyptien exécuté en 1966, qui considérait la démocratie laïque (et toutes les autres formes de gouvernement laïques, dont le socialisme) comme un blasphème pur et simple. Dans l'Amérique moderne, les musulmans peuvent apporter une grande contribution aux débats sur notamment la justice sociale, tout en respectant scrupuleusement la constitution laïque de leur pays. En bref, fly a un nombre de choses intéressantes à dire sur l'Islam et la démocratie. Ce qui est dommage, c'est qu'elles soient dites pour la plupart en occident, et non au cour du monde musulman. |