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La peinture sur verre

Deux femmes qui peignent sur verre, Dorme Karima Herbecq et Farah Chaoui. Deux styles différents. Dans un cas, la force de l'engagement social au profit des femmes, dans l'autre, la fascination de l'expression artistique.

On retrouve la tradition de la peinture sur verre dans les pays du pourtour méditerranéen.

Certaines origines sont plus prisées que d'autres pour leur production exceptionnelle, telles la Turquie, la Tunisie. Les utilisations sont variées, des décors luxueux de flacons à parfum jus¬qu'aux verres à thé... qui se doivent d'être, hospitalité et honneur aux invités obligent, les plus beaux possibles.

Dorme Karima Herbecq: Le retour aux sources

Née au Maroc, de parents hollandais, Dorme a passé ses quatorze premières années à Casablanca. Adolescente, son départ fut « une déchirure épouvantable ». Pour elle qui 'a jamais vécu en Hollande et n'est « pas française en France », le retour au Maroc, il y a trois ans, a été vécu comme une véritable guérison! Elle affirme: « Je me sens chez moi ici, c'est mon pays! Je l'aime profondément ». Partie de France avec son époux et leurs quatre enfants, ils se sont installés en famille à Marrakech .

La fabrication du verre, à Ain Sebaâ

À Ain Sebaâ, dans la banlieue de Casablanca, Dorme a découvert, à sa connaissance, la seule fabrique encore au Maroc qui recycle le verre. Impressionnée par les dures conditions de travail, elle relate: «J'ai vu comment travaillent les hommes, avec du verre cassé refondu et recyclé, soufflé à la main. Ils chantent à tue tête pour se donner du courage... Leurs verres à thé beldi sont magnifiques, mais la concurrence est rude, car ce qui est importé de Chine est moins cher. À plus ou moins long terme, l'existence de cette usine est menacée alors que c'est une tradition marocaine! ». Ces verres beldi remportent beaucoup de succès et les commandes sont nombreuses. D'ailleurs, à Marrakech, Dorme Karima diffuse ses créations chez «Scènes de Lin », «Akkal» et « Couleur sable ». Elle a des points de vente à Amsterdam, à Lisbonne. Pour la boutique « Le thé des écrivains », à Paris, elle calligraphie sur des verres des mots et des phrases d'auteurs célèbres.

Un engagement social

«Je voulais faire quelque chose avec des Marocaines, leur donner une certaine indépendance et un statut ». Son credo est non pas d'apporter des aides financières, mais du travail et de verser des rémunérations. Dès lors, elle crée « L'atelier Beldline », s'installe dans une maison beldi, au cour d'un village non loin de Marrakech, où elle constate que « les gens sont extrêmement gentils, accueillants ». On la sollicite tous les jours pour des emplois. Najat, devenue son assistante, adore son nouveau métier qu'elle exerce avec passion. Mina et Houda, qui n'ont été scolarisées que jusqu'à treize ans, sont ravies d'apprendre cette technique. Comme l'activité de Donne reçoit un très bon accueil, elle envisage de former de plus en plus de jeunes filles. Sans doute huit d'ici quelques mois. Puis dix. « Elles sont heureuses, se retrouvent entre elles, parlent, sortent de chez elles et surtout gagnent leur propre argent. Désormais, elles ont un statut! L'emploi a une certaine souplesse: « Les filles peuvent aussi travailler chez elles. La seule contrainte est de venir faire cuire le verre ici ».

Formation et technique

Donne a appris en France, à Limoges, la peinture sur porcelaine. Elle a elle même adapté cette technique au verre. «Je peins pour faire travailler les femmes et aussi pour donner une deuxième vie à ces objets. Je me fournis essentiellement au Maroc: les carafes viennent aussi de Am Sebaá ». Elle a installé le four importé d'Espagne   pierres réfractaires et résistances   dans l'ancienne cuisine. Elle s'en occupe elle même, opère deux à trois cuissons par jour avec 60 pièces à l'intérieur, à 640 degrés en moyenne, pendant quatre heures. Bien sûr, Dorme utilise de la peinture alimentaire, sans plomb: « Ce n'est pas toxique! Pour les assiettes, je peins sur l'envers, et il n'y a aucun danger ».

Décors

Donne dessine des motifs orientaux et aussi des formes géométriques modernes, pour des riads, des restaurants. Elle personnalise, signe, crée des logos, aussi bien sur les verres que sur les assiettes. Le plus souvent, les clients n'ont pas de demande particulière, aussi Dorme propose t elle ses dessins. « Les points sur le verre plaisent beaucoup! Une f ou par an, l'usine d'Ain Sebaa fabrique des verres bleus dans h masse. Je peins des fleurs, des palmiers, des chameaux, de scènes de danse « ahouach »... Quant aux initiales, je le fais souvent au fond du verre, à l'envers, comme cela on le voit en buvant! J'invente un prototype que les filles repro duisent. Tant que ce n'est pas cuit, elles peuvent recommencer autant de fois que nécessaire. Celles qui ne savent ni lire ni écrire ont du mal, au début, à tracer des ligne droites ». Aujourd'hui, elles peignent des étoiles. Dorine dispose déjà dune nouvelle gamme de verre sablé opaque et coloré, très belle. Elle fourmille d'idées et a beaucoup de projets pour la suite: saladiers, tasses à café, cendriers, boutons de verre, bijoux...

Farah Chaoui: passion, talent et créativité

Farah Chaoui a étudié à l'Académie Charpentier, une école de décoration à Paris. Mais passionnée par la recherche et la création, c'est seule qu'elle a appris la technique du verre peint: « J'ai commencé à faire des essais. Je m'amusais. Puis des amies ont remarqué mes modèles, m'ont complimentée... et elles repartaient chez elles avec! ». Commence alors une suite de hasards et de concours de circonstances. « Un jour, Toufik Bellafari, un ami, lui même décorateur, a vu ce que j'avais fait et s'est enthousiasmé. C'est lui qui m'a lancée et m'a trouvé mon premier contrat.,. ». C'est ainsi, « quand les gens ont commencé à aimer », que Farah Chaoui a pris confiance en elle. Aujourd'hui, cela fait six ans qu'elle peint sur verre avec toujours autant de joie et de talent.

La reconnaissance

Sa première exposition dans l'espace de Toufik Bellafari, il y a un an, à Marrakech, est un succès. Elle présente ensuite des photophores et des soliflores en verre et perles chez Abdallah, du Restaurant L'Mimouna. On trouve également ses créations au restaurant Km 9, route de l'Ourika, non loin de Marrakech, où ont été prises les photos de ce reportage. « Côté Créateurs », à Casablanca, qui accueille beaucoup d'artistes marocains, l'expose. Récemment, Farah Chaoui s'est tournée vers le showroom de créations « L&L », toujours Casablanca, un lieu d'exposition et de vente qu'elle adore: « C'est mon point de départ. Babette Colin et Frédérique Ruyer sont des amies, adorables, merveilleuses...

Des supports variés

Farah travaille seule dans son atelier. Comme Dorme, elle se fournit dans l'usine de Am Sebaâ en verres beldi qui, décidément, sont en vogue. Elle utilise aussi de nombreux autres supports, des bols en verre soufflé provenant aussi de cette fabrique à Casablanca, des flûtes, des pots, des verres à thé, des bouteilles, mais aussi de la porcelaine qu'elle trouve à Casablanca ou ramène de France. Elle transforme des verres en photophores, colle des perles. Sa technique comporte plusieurs étapes: «Je conçois mon motif, j'orne le verre avec une peinture non toxique, sans plomb, je laisse sécher vingt quatre heures, puis je mets au four! ». Une fois cuits, les modèles supportent l'usage d'un lave vaisselle. Farah exécute des commandes précises et surtout crée, pour «Dune Rouge », par exemple.

Une inspiration toujours renouvelée

« J'aime les styles différents Quand je réalise une série, mon idéal est de ne pas la refaire, car j'adore créer, inventer, et non pas recopier, même s'il y a toujours des motifs qui reviennent », affirme Farah qui s'adonne en ce moment à la mode hippie en dessinant des fleurs très peace and love, comme les marguerites. Mais également ce qu'elle nomme des « chinoiseries », étonnantes caffigraphies zen sur fond rouge ou blanc, classique, moucheté ou marbré. Une marbrure du plus bel effet. Elle affectionne aussi bien les couleurs basiques que tendance: aubergine, prune, fuchsia, rose, bleu, violet, parme... La jeune femme déborde d'imagination. En témoigne sa série de verres soufflés qui représentent des animaux de la jungle. Des caricatures de golfeurs, ou encore des Gnaoua... présentées dans d'élégants coffrets de velours, pour de somptueux cadeaux. Sans oublier ses vases aux portraits de Van Gogh et de Toulouse Lautrec. Des petites coupelles peuvent accueillir poivre, cumin, ou des bougies. «Je fais beaucoup de recherche de formes pour une plus grande variété, par exemple des vases photophores ronds, des bouteilles raffinées pour les sels de bain. Des coupes, des verres et des carafes assortis, deux tailles de verres à thé. Sur des flûtes très fines, je dessine des losanges dans le style commedia dell'arte, et des décorations particulières pour les fêtes, Noël ou fin d'année ». A la peinture, Farah ajoute même parfois de la cerne, cette pâte de différentes couleurs, dorée ou blanche, par exemple, qui permet de créer un décor en léger relief. Son inspiration lui vient au jour le jour et peu lui importe d'être copiée, c'est la rançon du succès.

 
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